Consommation-Alimentation Nouvelle Calédonie

La vie chère en Nouvelle Calédonie.

Notre association a été questionnée par le CESE (Comité Économique Social et Environnemental) métropolitain sur notre appréciation concernant le pouvoir d’achat et la cohésion sociale. Voici la réponse que nous lui avons faite :

Diagnostic sur les raisons de la vie chère :
La Nouvelle Calédonie vit sur une tradition de protection de marché afin de préserver la production locale qu’elle soit dans le domaine des produits frais ou des biens de consommation. Cette politique favorise des situations monopolistiques qui n’incitent ni à l’innovation, ni à l’amélioration de la qualité de la production, ni à une saine concurrence permettant de peser sur les prix. En outre, comme nous l’avons vécu avec la crise du COVID, la guerre en Ukraine et les intempéries sur tout le secteur Pacifique Sud, elle ne permet pas de garantir la sécurité de nos approvisionnements car la Nouvelle Calédonie ne pèse rien sur le marché mondial. Il faut également prendre en compte qu’il s’écoule plusieurs mois entre la commande d’un bien et sa livraison sur la Nouvelle Calédonie et que les délais de livraison sont très aléatoires.

S’il est souhaitable de développer la production locale afin notamment de préserver l’emploi et de maîtriser la production de certains biens pour assurer la qualité et la sécurité de nos approvisionnements, la population de Nouvelle Calédonie est trop faible pour que son industrie ou son agriculture puissent atteindre un seuil de rentabilité suffisant en tablant uniquement sur la consommation locale avec des machines et des techniques modernes capables de produire bien plus que les besoins de la population.

En particulier l’agriculture locale ne couvre que 17% des besoins commerciaux avec une production de qualité très inégale, il est donc illusoire de penser qu’on puisse s’approcher du seuil d’autosuffisance alimentaire.

L’économie calédonienne restera toujours largement dépendante des importations que ce soit pour les produits frais ou pour les autres biens de consommation.

Le territoire est également beaucoup trop dépendant des approvisionnements européens alors que l’Australie ou la Nouvelle Zélande, voire d’autres pays de la Région pacifique, pourraient offrir des alternatives à moindre coût. Encore faudrait-il ouvrir les échanges entre la Nouvelle Calédonie et ces pays de façon aussi équilibrée que possible afin d’une part permettre à notre industrie ou notre agriculture de trouver des débouchés dans ces pays et ainsi améliorer la rentabilité de leur production et, en contrepartie, accueillir librement les produits de nos voisins du Pacifique.

Les protections de marché mis en place en Nouvelle Calédonie vont à l’encontre d’une politique d’échanges avec les pays voisins et contribuent largement à la cherté de la vie en Nouvelle Calédonie, mais également à la sous-utilisation des investissements industriels. Une négociation au niveau politique pour favoriser les échanges permettrait d’inciter les industriels à exporter dans la région pacifique (certains le font déjà, mais de façon très limitée) afin de disposer d’un marché à la taille de leur outil de production. Des aides publiques pourraient accompagner les industriels dans leurs projets à l’export. Par ailleurs, afin de sécuriser ses approvisionnements, la Nouvelle Calédonie pourrait négocier avec l’Australie (ou la Nouvelle Zélande) de disposer d’une base logistique avancée sous douane qui desserve à la fois la Nouvelle Calédonie et le marché intérieur australien (vs néozélandais) et ainsi disposer à moins de 3 jours de bateau, de tous les biens de dernière génération à des prix abordables.

Notre association milite pour supprimer les quotas d’importation des produits frais, moyennant une amélioration sensible de l’information des consommateurs lors de leur achat, la définition de critères de qualité pour la production locale et des mesures limitatives à l’import sur les seuls produits de la plus haute qualité afin de ne pas mettre en difficulté notre agriculture. Nous pensons qu’une telle mesure viendrait non seulement diminuer les prix d’achat par une meilleure régularité des importations et par des contrats long-terme que les importateurs pourraient passer avec leurs fournisseurs, mais constituerait une forte incitation à l’amélioration de la qualité et de la productivité de notre agriculture locale. Cette mesure pourrait être accompagnée par des subventions publiques de projet permettant aux agriculteurs qui le souhaitent de se moderniser et de s’adapter.

Enfin il nous semble pertinent en cette période de forte inflation (et les chiffres de UFC Nouvelle Calédonie sur les produits de première nécessité, hors produits frais sont bien plus élevés que ceux de l’ISEE), on doive instaurer un contrôle des marges des principaux groupes dominant le marché calédonien. Car en raison de sa faible population, le territoire reste sous l’emprise d’un petit nombre des groupes économiques qui contrôlent les niveaux de prix pratiqués et s’assurent des marges confortables.

L’ouverture à la concurrence reste, comme dans de nombreux pays dans le monde, la seule voie pour peser sur les prix et faire baisser le pourcentage des populations sous le seuil de pauvreté. Un de nos adhérents qui a vécu en Jamaïque a ainsi pu constater que la Nouvelle Calédonie qui est 10 fois plus riche que la Jamaïque présente les mêmes taux de pauvreté (20%) et les mêmes taux de chômage (12%) alors que la Jamaïque est un pays libéral, sans protection sociale et sans protection de marché, exactement le contraire de la Nouvelle Calédonie. Nous devrions ainsi pouvoir faire beaucoup mieux avec les immenses moyens dont nous disposons grâce à la présence française.

La politique de bouclier qualité prix
Cette mesure devait constituer une offre diversifiée sur les produits de grande consommation destinée aux ménages les plus modestes.

Simplement nous avons pu constater que les grandes enseignes avaient anticipé le dispositif et augmenté leur prix avant la mise en place du bouclier, puis joué sur d’autres produits qui ont vu leurs prix exploser.

L’observatoire des prix et des marges ne fonctionne pas en Nouvelle Calédonie et ne permet aucune action en faveur des consommateurs.

Seul un contrôle des marges (qui a été actionné à l’occasion de la mise en place de la TGC) a montré une certaine efficacité. Il pourrait être couplé au bouclier qualité prix pour disposer d’un ensemble de prix contrôlés et de l’obligation de ne pas reporter sur d’autres produits les efforts ainsi demandés.

Les niveaux de prix comparé à la métropole
Le rapport parle de niveaux de prix plus élevés d’environ 10,6% qu’en métropole. On est très loin du compte en Nouvelle Calédonie où l’on peut espérer au mieux un écart de 40% et dans le pire des cas (pièces détachées automobiles) 10 fois le prix pratiqué en métropole.

Il n’y a strictement aucune logique dans la fixation des prix qui sont déterminés souvent par comparaison à la « concurrence », ce qui sclérose toute action visant à casser des niveaux de prix excessifs. Il n’y a même pas d’effet de quantité et on trouve assez souvent des bouteilles d’un demi litre par exemple moins chère au litre que la même bouteille en contenance un litre. Et la loi calédonienne le permet.

On peut ainsi parler d’une jungle des prix dans laquelle le consommateur calédonien a du mal à se retrouver. Même les outils mis en place par la DAE (prix.nc) ne sont pas fiables où le produit le moins cher déterminé par l’outil n’est plus disponible là où il aurait dû l’être.

À noter que les grands opérateurs comme Amazon qui pourraient livrer depuis leurs plateformes en Australie, n’interviennent pas en Nouvelle Calédonie.

Nous sommes donc prisonniers des principaux opérateurs locaux qui fixent les règles du jeu et par une politique douanière qui va souvent dans leur sens.

On peut regretter qu’il n’y ait aucune régulation du système en place et qu’il est très fortement inflationniste avec aucun retour en arrière possible.

Le rôle de l’autorité de la concurrence et de la DAE
L’Autorité de la Concurrence est la bienvenue dans notre territoire si elle peut garder son autonomie complète par rapport aux politiques. L’Etat doit impérativement la garantir. Son action reste toutefois moindre que la DGCCRF métropolitaine dont elle n’a pas tous les pouvoirs ni les mêmes moyens toute proportion gardée.

L’autre acteur dans le contrôle des marchés est la DAE dont l’une des missions est de veiller au respect des lois et des règlements notamment au regard de la protection des consommateurs. Elle agit au mieux, cependant ses moyens sont limités et il semble qu’il lui soit difficile de s’attaquer à de grands groupes.

C’est ainsi qu’on peut assister à des pratiques tout-à-fait illégales de grandes enseignes comme la franchise de CARREFOUR KENU IN qui affiche par exemple qu’elle n’offre pas les garanties de conformité sur ses produits ménagers alors même que la loi calédonienne lui impose 2 ans comme en métropole. La DAE est informée du problème mais la pratique subsiste.

Le contrôle sanction des pratiques commerciales déloyales ou illégales devrait être largement renforcé mais se heurte à des obstacles politiques…

La fiscalité locale
La fiscalité locale constitue un moyen de réduire l’impact de la vie chère en pratiquant des prélèvements largement en-dessous de ceux de la métropole. La richesse du sous-sol calédonien devrait constituer une source de revenus pérennes permettant de disposer d’un politique fiscale avantageuse.

La crise du COVID a mis en évidence la grande largesse de la protection sociale calédonienne qui assure à une large part de la population la gratuité totale des soins sans contrepartie de contribution. Par ailleurs il existe une solidarité très forte au sein des tribus qui permet aux personnes dans le besoin de s’en sortir. La mise en place d’un RSA serait une mesure coûteuse sans forcément présenter l’impact attendu sur le taux de chômage.

Les taux actuels de la TGC et les exonérations décidées pour certaines activités (comme des entreprises uni personnelles ou à faible chiffre d’affaires) favorisent la production locale au détriment des produits importés. Malheureusement le gouvernement actuel semble vouloir revenir sur cette politique en augmentant les prélèvements indirects via la TGC.

Il n’y a pas de taxe d’habitation en Nouvelle Calédonie et des exonérations de taxes foncières pendant 10 ans sur les constructions neuves ont été mises en place.

Outre un niveau de taxation des impôts sur le revenu plus faible qu’en métropole, le fait de pouvoir déduire jusqu’à 2MF de travaux confiés à des professionnels sur ses revenus dans sa déclaration annuelle constitue un moyen de lutter contre le travail au noir et donc d’assurer des ressources pour les organismes sociaux.

La cohésion sociale
L’éloignement de la Nouvelle Calédonie pèse sur les budgets des familles dont les enfants sont souvent appelés à faire leurs études en métropole et les familles éclatées entre la Grande Terre, les Iles, la métropole, Wallis et Futuna, voire la Polynésie…

Une seule compagnie aérienne dessert Nouméa pour faire la liaison avec Paris, il s’agit d’AirCalin qui avec seulement deux avions long courrier, ne peut manifestement pas offrir des tarifs intéressants pour assurer ses liaisons aériennes et reste très dépendante de la disponibilité de ses avions et du personnel naviguant. Une aide de continuité territoriale pourrait être mise en place sous des formes à déterminer qui peuvent soit porter sur l’amélioration de la compétitivité d’AirCalin, soit porter sur les prix des billets.

De même les liaisons inter-iles sont assurées par air via Air Calédonie (et marginalement Air Loyauté) et par bateau par le Betico. Les tarifs restent cependant très élevés, même si des aides sont en place pour certaines familles qui sont résidentes dans les îles. Là également on peut s’interroger sur la manière d’améliorer la compétitivité des moyens en place et diminuer le prix des billets par un soutien public de continuité pays qui profiterait à tous les calédoniens mais également au tourisme.

Le soutien à l’économie
La Nouvelle Calédonie devrait progressivement mettre fin à toute politique de protection de marché ou de fixation de quotas d’importation, sauf dans des cas exceptionnels de protection limitée dans le temps d’une activité naissante et passer des accords de coopération et d’échanges avec ses voisins du Pacifique.

Elle doit mettre en place des ressources afin de faciliter les exportations des produits locaux et ainsi améliorer la productivité du tissu industriel local.

Elle doit soutenir les projets industriels ou agricoles qui visent à améliorer la productivité et la qualité, avec un contrôle de la réalité des objectifs attendus, et mettre progressivement fin aux aides récurrentes à certaines activités qui ne sont manifestement pas adaptées à la situation de la Nouvelle Calédonie.

Enfin elle devrait s’appuyer sur ses grands voisins pour disposer d’une base logistique avancée et ainsi réduire les coûts et délais d’approvisionnement et mettre à la disposition des calédoniens les biens les plus récents. Une telle mesure contribuerait notamment à augmenter la TGC perçue à l’importation.

 

Signé Philippe LASSAUCE, membre du bureau, trésorier, chargé de communication. UFC Que Choisir Nouvelle Calédonie

 

 

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