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Indice de réparabilité. Que vaut-il vraiment ?

L’indice de réparabilité doit nous permettre d’acheter des produits plus costauds. Mais nos tests mettent en doute la robustesse d’une note que les fabricants s’attribuent à eux-mêmes.

Si vous avez acquis un ordinateur portable, un aspirateur, un lave-vaisselle ou une tondeuse électrique récemment, vous avez forcément déjà vu ce logo : une petite clé à molette blanche sur fond de couleur, accompagnée d’une note sur 10. Instauré par la loi relative à la lutte contre le gaspillage et à l’économie circulaire (Agec) de 2020, l’indice de réparabilité a pour ambition d’inciter à « “mieux consommer”, en permettant l’information éclairée du consommateur lors de son acte d’achat, et à “mieux produire” en concevant des produits plus durables. »

Six ans plus tard, cet objectif louable est-il atteint ? « Cet indice est connu par 62 % de la population. Il est particulièrement bien ancré dans l’esprit des Français se déclarant “bricoleurs”, ceux vivant dans des maisons individuelles et, notamment, sur la tranche d’âge de 55 à 64 ans », indique un sondage publié par l’Agence de la transition écologique (Ademe) en 2024. Cette notoriété se traduit de plus en plus dans les comportements d’achat. Selon le Gifam, le lobby des fabricants d’électroménager, les lave-vaisselle arborant un indice de réparabilité supérieur à 8/10 généraient 51 % du chiffre d’affaires du secteur en 2025, contre 37 % l’année précédente. Autre exemple, en 2025, les lave-linge ayant décroché les meilleurs scores (plus de 8/10) voyaient leurs ventes progresser (+ 3,9 % en volume), quand ceux mal notés avaient de plus en plus de difficultés à trouver preneur (- 2,4 %). En clair, lorsqu’il s’agit de choisir un modèle, on s’y fie !

Une méthodologie problématique
Problème, cet indice est « autodéclaré » : c’est le constructeur qui juge, seul, du niveau de réparabilité de ses produits. Alors, peut-on lui faire confiance ? « Les dispositifs obligatoires d’information du consommateur reposent historiquement sur des modèles d’autodéclaration éprouvés – le plus connu étant celui de l’étiquette énergie de la Commission européenne – visant in fine à responsabiliser les fabricants vis-à-vis des informations qu’ils déclarent », rassure-t-on au ministère de la Transition écologique (MTE). Avant de préciser : « Si les notes de l’indice de réparabilité sont calculées par les fabricants eux-mêmes, le calcul s’effectue sur la base d’une méthode commune à tous les fabricants, et élaborée par les pouvoirs publics en concertation avec les représentants des entreprises et des consommateurs. »

Examinons cette grille d’évaluation. La note sur 10 affichée en magasin repose sur 5 critères, tous notés sur deux points. Quatre sont communs à toutes les catégories de produits : la documentation technique, la « démontabilité » ou facilité de démontage de certaines pièces détachées de l’appareil, la durée de disponibilité et de livraison de ces dernières mais aussi leur prix. Un cinquième critère, en revanche, varie selon les familles d’équipements. Pour les lave-vaisselle, par exemple, il s’agit entre autres de l’existence d’une assistance à distance gratuite.

Au bout du compte, seule une petite partie de la note (20 %) concerne directement la facilité de réparation de l’appareil. D’ailleurs, même ce dernier point est discutable. On aurait pu imaginer que les industriels soient obligés de se mettre dans la peau d’un utilisateur confronté à une panne pour jauger de la réparabilité de tel ou tel produit. Ce n’est pas la méthodologie retenue.

Premier oubli : le commencement, la détection de la panne. Les codes d’erreur apparaissant sur les appareils ne sont pas vérifiés. Encore plus étonnant, les fabricants se concentrent sur la « démontabilité » des équipements (nombre d’étapes pour en extraire des pièces détachées, outils nécessaires, caractéristiques des fixations). À aucun moment la remise en place des pièces n’est testée. Cela nous éloigne quand même beaucoup de la réalité. Lorsqu’un dysfonctionnement se produit, généralement, la pièce défaillante n’est pas juste retirée, elle est remplacée…

Repères
L’indice de réparabilité est une note sur 10 attribuée à certains produits pour vous informer sur leur facilité de réparation.

Un logo avec un code couleurs (du rouge au vert foncé) matérialise cet indice. Il doit être visible en magasin comme en ligne.

Son affichage est obligatoire pour la vente des aspirateurs, lave-vaisselle, PC portables, tondeuses électriques et nettoyeurs haute pression.

L’indice de durabilité s’est substitué à celui de réparabilité en ce qui concerne les lave-linge et les téléviseurs. Il prend également en compte la résistance à l’usure et la robustesse des appareils.
Les plus bricoleurs sont découragés
Ces omissions nuisent-elles à la qualité de l’information fournie par l’indice de réparabilité ? Pour le vérifier, nous avons provoqué une série de pannes (problème de vidange, fuite d’eau, etc.) sur huit lave-vaisselle de marques représentatives du marché. Premier constat : dans 75 % des cas, il est impossible que l’utilisateur identifie l’origine du souci. Pourquoi ? Les appareils présentent des codes d’erreur non répertoriés dans la documentation fournie (notice papier ou en ligne), trop vagues ou… erronés ! Dans ces conditions, même pour les plus bricoleurs d’entre nous, la réparation s’arrête fréquemment avant même d’avoir débuté.

Nous avons ensuite évalué la facilité de réparation des lave-vaisselle en notant précisément toutes les actions nécessaires pour démonter les pièces défectueuses puis remonter celles de rechange. Cela n’a pas été toujours de tout repos, en particulier lorsqu’il a fallu effectuer des manipulations « à l’aveugle ». Le changement d’une pièce défaillante s’avère alors parfois complexe, exigeant contorsions, retournement de l’appareil ou connaissance des méthodes employées par les réparateurs professionnels. Bref, une pièce peut très bien se démonter aisément, mais poser problème au remontage. Nous avons comparé nos résultats de tests aux informations fournies par les constructeurs. Et notre verdict est sans appel : les appareils qui arborent les meilleurs indices de réparabilité ne sont pas forcément les plus simples à réparer.

Plus déroutant encore pour les consommateurs, les constructeurs ont la possibilité de changer la note d’un de leurs produits en cours de commercialisation. Ces réévaluations sont loin d’être marginales. Nous avons détecté de nombreux cas d’appareils dont l’indice de réparabilité a été boosté ces derniers mois (lire l’encadré « Les astuces des fabricants pour doper leurs notes » ci-contre). Avec, à la clé, parfois plusieurs points grappillés en moins d’un an… sans que les caractéristiques techni­ques du modèle n’évoluent, à l’instar des lave-vaisselle Miele G5110 SCi Active BW et Beko BDFN26440WC !

Des primes au score obtenu
L’enjeu est énorme. « Certains distributeurs refusent de commercialiser les références dotées d’une note inférieure à 8/10 », relève Bertrand Villié, directeur service et support consommateur d’Electrolux France. En plus, depuis le 1er janvier 2025, il existe un système de bonus octroyés aux fabricants proposant les produits qui ont les meilleurs indices de réparabilité. Versée par les éco-organismes et nommée « super modulation », cette gratification peut atteindre, par exemple, 16,67 € pour tout lave-vaisselle vendu qui arbore une note supérieure à 9,3/10. « Cette mise en place a dévié complètement l’intérêt de l’indice de réparabilité. Certaines marques se sont mises à raconter n’importe quoi afin de pouvoir récupérer de l’argent. Profiter de plus de 15 € de prime sur un lave-vaisselle, cela vous donne un avantage colossal sur un marché compétitif », accuse Bertrand Villié. Des doutes qu’il serait intéressant de lever alors que l’indice de réparabilité doit apparaître sur de nouveaux produits dans les prochains mois, tels que les sèche-cheveux ou les vélos électriques.

Les astuces des fabricants pour doper leurs notes
Aussi étonnant que cela puisse paraître, l’indice de réparabilité des appareils n’est pas définitif. Les fabricants peuvent revoir leurs notes à la hausse en améliorant certains critères, comme la disponibilité des pièces détachées. Résultat : les réévaluations se multiplient ces dernières années. Mais comment les industriels procèdent-ils concrètement ? Démonstration avec deux cas précis.

Les indices de réparabilité peuvent être fortement réévalués, sans modification majeure des produits. C’est le cas pour ce lave-vaisselle Miele, passé de 7,2/10 en mars 2023 à 8,9/10 en août 2024. L’industriel a fait un effort sur l’accès à la documentation. Le rapport entre le prix de certaines pièces détachées et celui de l’appareil neuf s’est aussi amélioré. Mais c’est la possibilité d’accéder au « compteur d’usage » et la réinitialisation logicielle –réservée aux réparateurs pros ou avancés – qui a boosté la note.

Autre exemple de remontada avec ce lave-vaisselle Beko, passé de 6,7/10 en juin 2023 à 9/10 en février 2024. Ces 2,3 points ont été obtenus en jouant sur le délai de mise à disposition de la documentation, en facilitant le démontage, en allongeant la durée de disponibilité de certaines pièces détachées et en rendant accessible le compteur d’usage. Cet appareil n’est pas le seul de la marque à avoir ainsi vu son indice grimper. Beko n’a pas souhaité nous apporter de précision sur ces améliorations de notes.

cf. quechoisir.org

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